LES CAUSES DE LA PEUR DE L’ABANDON

Parmi les mammifères supérieurs, l’être humain présente le plus grand décalage entre la naissance biologique et son éclosion psychique.

L’enfant reçoit avant de naître un flot d’informations, et il est tout en confusion et fusion à sa naissance. 

Sa manière d’être entrainera des réactions de son environnement dés le début de son existence, s’en suivra un long processus de séparation et d’individuation.

Le rôle de l’environnement est d’accompagner l’individu en maturation, afin de lui permettre de développer des caractéristiques propres qui en feront un sujet singulier au milieu d’autres individus.

Les causes de la peur de l’abandon ont pour origine les carences affectives chez le petit individu, elles sont liées à la période de la petite enfance.

En effet, cette période est déterminante dans le sens où l’enfant est totalement dépendant de son entourage, si celui-ci ne répond pas de manière adéquate à ses besoins, l’enfant ressent des angoisses qui se traduiront par un sentiment d’abandon.

L’absence de la mère et l’insécurité affective entraine des frustrations et des angoisses qui seront à l’origine de défaillances. 

Freud est le premier à avancer l’hypothèse sur la dynamique psychanalytique de la relation de l’individu face à la séparation. 

Dans un premier temps, il décrit le mécanisme de défense contre la perte d’objet, en mettant en évidence l’introjection de l’objet perdu dans une partie clivée du moi, à l’origine de la dépression. 

Plus tard, il révisera ses vues antérieures sur l’origine de l’angoisse, et attribuera l’angoisse à la crainte de la séparation et de la perte d’objet.

Freud établit un lien direct entre les relations mère-enfant et les angoisses : si la mère est absente trop longtemps, l’enfant éprouve un sentiment de frustration, étant face à son impuissance,  et se trouve dans un état d’angoisse permanent. 

La théorie de l’attachement ne serait pas ce qu’elle est sans l’apport de nombreux chercheurs dans le champ de la psychologie du développement et de la psychanalyse.

Dans la perspective socioaffective de Bowlby, la fonction de l’attachement s’éloigne de celle de Freud dans le sens où, elle est une fonction adaptative à la fois de protection et d’exploration. 

Pour lui l’angoisse de séparation est un mécanisme instinctif nécessaire à maintenir la proximité entre l’enfant et sa mère : ceci afin que les besoins soient assurés.

Dans son étude sur les enfants orphelins, menée après la seconde guerre mondiale, Bolwlby montre que le manque d’attachement est la carence majeure chez ces enfants, découlant de comportements régressifs, d’inhibition et de manque de confiance.

En effet, il observe que les enfants séparés de leur mère ou n’ayant pas  de figure maternelle stable, recevant des soins vitaux mais aucun contact humain chaleureux, développaient un état d’Hospitalisme, l’enfant passe du pleurnichement au retrait, puis à l’indifférence (désespoir).

Les travaux de Winnicott sont importants et mettent l’accent sur l’influence de l’environnement dans le développement psychique de l’individu.

L’’environnement représenté au début par la mère (ou son substitut), permettra ou entravera la mise en œuvre des processus de maturation qui s’appliquent à la formation et à l’évolution du moi, du ça et du surmoi, ainsi que la mise en place des mécanismes de défenses élaborés par le moi chez de l’individu 

Ainsi pour Winnicott la fonction maternelle dépend du HOLDING (soutien physique), du HANDLING (manipulation corporelle), et l’OBJECT PRESENTING (capacité de la mère de répondre aux besoins de l’enfant, au moment où il en a besoin).

Les études de Mary Ainsworth ont permis d’élaborer une procédure empirique appelée « strange situation » (situation étrange), permettant de mesurer les comportements d’attachement de l’enfant, ainsi que les échelles de sensibilité maternelle, qui identifient les dimensions du soin parental qui aide à organiser le comportement sécure de l’enfant. 

La peur de l’abandon se manifeste lors de la période durant laquelle l’enfant est totalement dépendant de son entourage, elle est relative à la période de la petite enfance.

Le petit individu ne peut subvenir à ses besoins, c’est la figure maternelle qui répond à ses besoins, si au contraire la mère du nourrisson ne répond pas de manière adéquate, le petit individu va développer des angoisses se traduisant par un sentiment d’abandon. Les frustrations si elle se répètent vont laisser des traces et influencer le vécu du future sujet : défaillance concernant la permanence de l’objet maternel.

La peur de l’abandon trouve son origine dans la petite enfance, les signes de souffrance apparaissent de façon relativement précoce. En effet, l’angoisse de séparation se manifeste à partir de 3 ou 4 ans, se traduisant par un désarroi, une sidération, voir une somatisation ou des colère.

De plus, la peur de l’abandon trouve son origine dans la relation aux parents, d’une part si la figure de l’attachement ne s’est pas établit de manière sécure, d’autre part il est possible que l’individu reste fixé à son parent de manière fusionnelle.

Pour la psychanalyse, il est nécessaire de cerner les carences affectives, causes de la peur de l’abandon, afin de palier aux troubles sous jacents.

La peur de l’abandon peut, en effet, invalider le sujet tout au long de sa vie, se manifestant à travers des comportements pathologiques tels la négation de soi, le manque de confiance en soi, l’asservissement à l’autre ou une dépendance affective.